Israël, un Etat sous tension

L’histoire de l’état israélien vous intéresse. Je vous en fait un récit synthétique ici !

Les origines d’une création

Etre juif

Commençons d’abord pas cette question ultra-sensible. Qu’est-ce qu’être juif ? Un juif est une personne qui pratique une religion, le judaïsme. Pourtant si l’on prend la définition de Wikipedia, elle est tout autre (je cite) : « membres d’un peuple lié à sa propre religion, le judaïsme, et au sens large du terme à une appartenance ethnique et religieuse ».

Voila une définition surprenante à bien des égards. D’abord, l’usage du pluriel. comme s’il n’était pas envisageable de définir une personne sans une appartenance à une communauté. Ensuite l’imbrication évidente entre « peuple » et « religion ». Or, si on parle d’Israélites, de Judéens, il faut attendre le XIXe siècle pour voir une corrélation entre ces deux idées. C’est l’allemand Heinrich Graetz qui fonde l’idée d’un peuple juif au XIXe siècle. Avec lui le « juif » devient un « Juif ». Publié au milieu du XIXe siècle il est le premier à retracer l’histoire de ceux qui pratiqueraient la religion juive des temps antiques au XIXe siècle.

Il faut bien

Heinrich Graetz

comprendre que les thèses de Graetz s’inscrivent dans une double construction scientifique qui caractérise le XIXe siècle : celle du racisme et du nationalisme. Il est d’ailleurs assez fascinant de voir que l’idée d’un peuple juif est née … en Allemagne.

Attardons nous quelque peu sur l’idée de nation. Qu’est ce qui fait qu’une personne appartient à une nation ? Pour les Français c’est la volonté de vivre ensemble. Dans la tradition germanique c’est surtout l’appartenance à une même parenté qui définit l’appartenance à un peuple. Dans les deux cas la langue, les coutumes et une histoire commune semble être les critères principaux. Ainsi, les Juifs qui parlent hébreux ou yiddish, pratiquent une religion différente apparaissent comme suspect. S’ils ne sont pas totalement allemands que sont-ils ? L’histoire qui remonte à l’antiquité de Graets confère aux juifs une histoire qui leur est propre et renforce cette idée que les Juifs forment une nation à part entière.

Cette idée n’a eu de cesse de s’enraciner. Les Juifs sont donc une nation, un peuple, une religion et une race. Ces amalgames conduisent aux horreurs bien connues de la seconde guerre mondiale. La solution finale aurait ainsi décimée entre 5 et 6 millions d’entre eux dans le soucis d’éradiquer un peuple gênant dans la construction d’un Etat-Nation allemand pur. Un « espace-vital » (lebenstraum) qui aurait été dépourvu de toute nation ou communauté exogène.

Mais les Juifs n’existent en tant que peuple et ne se définissent eux-même en tant que tel qu’à partir de Graets. Avant lui on ne peut pas parler de nation juive. Ce qui fait qu’on est juif c’est donc exclusivement la pratique du judaïsme. Si l’existence d’un royaume juif dans l’antiquité a longtemps légitimé l’idée que les Juifs serait l’une des premières nations d’Europe, l’historien Shlomo Sand dans Comment le peuple juif fut inventé contredit totalement cette idée.

Le sionisme

Theodor Herzl au XIXe siècle continue dans cette logique. Il considère que les Juifs doivent avoir un Etat. S’ils forment une nation, il est légitime qu’un Etat leur soit octroyé. Un peuple, une nation, se doit d’avoir un territoire. Logique. Même les nazis en conviendraient. En effet l’idée d’expulser les Juifs fut envisagé, vers Madagascar en l’occurrence.

On parle de « sionisme » en référence à la colline de Sion qui se trouve à Jérusalem. Les sionistes revendiquent en effet  l’implantation de leur Etat dans ce qu’ils considèrent être leur berceau : Eretz Israël, avec à sa tête Jérusalem. Eretz Israël est un territoire informe, sans véritables contours. On la confond même parfois avec le royaume de Judée (royaume qui possède l’avantage d’offrir le nom à la fois du pratiquant du culte et du sujet de ce royaume : Juif.)

 

La colline de Sion

Les choses auraient pu s’arrêter là. Mais de nombreux Juifs cherchent à rejoindre ce pays mythifié. De façon légale ou non. Ce retour à la terre ancestrale se nomme l’aliya.

Création et survie d’un Etat : Israël

L’entre deux guerres

Dès la première guerre mondiale des Juifs sionistes forment des groupes paramilitaires et soutiennent les forces britanniques durant la 1ere Guerre Mondiale. Des pressions politiques sont aussi exercées sur les autorités par la Fédération sioniste. En 1917 le Lord Balfour accède à la requête des sionistes par la fameuse « Déclaration Balfour » envoyée et publiée dans le Times.

« Cher Lord Rothschild,

Lord Balfour (qui prend la pose)

J’ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration ci-dessous de sympathie à l’adresse des aspirations sionistes, déclaration soumise au Parlement et approuvée par lui.

Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.

Arthur James Balfour »

Mais les Britanniques avaient aussi promis un Etat-Nation panarabique à la population arabe. Et les alliées français veulent aussi avoir une part du gâteau dans la région. Malgré ces freins, la SDN accorde un mandat dans la région à la Grande-Bretagne et l’autorise à mettre en application la déclaration Balfour.

Les Juifs qui migrent dans la région se montrent proche de ceux grâce à qui ils ont pu enfin rejoindre Eretz Israel : les Britanniques. Les Arabes s’en trouvent extrêmement mécontents et n’hésitent pas à s’en prendre à eux.

En 1936 a lieu la grande révolte arabe. Les Arabes qui souhaitent s’émanciper attaquent les Britanniques et leur allié, les Juifs. Un plan de partage est proposé pour mettre un terme au conflit. Mais la 2e Guerre Mondiale interrompt le processus et change la donne …

Plan onusien, création d’Israël (1947) et guerres

La Grande-Bretagne tente de faire face aux révoltes arabes au Proche Orient. Mais elle est épuisée et n’arrive pas à faire face. En 1947, le navire Exodus emmène des rescapés juifs des camps de façon illégale de France vers la Palestine. La Royal Navy décide de se saisir du vaisseau et de ramener les migrants en Allemagne dans les territoires qui sont sous juridiction britannique. L’opinion publique internationale est fortement ébranlée par cet épisode.

On décide donc de demander à l’ONU de trancher le problème. Le plan onusien prévoie un Etat arabe de 12 000 km² avec 735 000 habitants et 10 000 juifs ; et un Etat juif de 14 200 km² avec 900 000 habitants dont 500 000 Arabes.  Dans ce plan Jérusalem est accordé à l’Etat arabe ce qui mécontente même les plus sionistes.

Le 29 novembre 1947 l’Etat israélien est proclamé sous la présidence de Ben Gourion. Les Arabes trouvant ce partage inique et sûr d’une victoire en cas de guerre le rejette.

Ils se lancent dans une guerre de 1947 à 1948 : la   Guerre d’Indépendance

Arrêtons-nous quelques instants sur cette guerre. L’Onu avait proposé la création d’un Etat pour protéger les Juifs opprimés. Opprimés depuis le Moyen-Age en Europe avec les progroms, avec les camps de concentration de 1942 à 1945. La chose est d’autant plus urgente que le sort des Juifs est toujours problématique après 1945. L’anarchie d’après-guerre les laisse en effet dans une grande fragilité.

La guerre qui a lieu en 1947 au Proche Orient est donc une guerre de survie. Comme l’écrit  Vladimir Jankélévitch, « Si Israël meurt, il ne nous resterait que la honte éternelle d’avoir laissé mourir les survivants d’Auschwitz ». Le sort de ce nouvel Etat se confond avec sa nouvelle nation. Le Israéliens ne veulent plus jamais être victime et font tout pour protéger leur nouveau territoire. Cette pugnacité se solde par leur victoire durant la guerre d’indépendance. Ils obtiennent plus de territoires.

Quant aux Arabes, c’est 600 000 d’entre eux qui doivent quitter le nouvel Etat s’ils refusent de se convertir et d’adopter la citoyenneté israélite (ce que certains firent). On nomme ce grand départ vers les pays frontaliers la Nakba.

 

Israël : une puissance occidentale en Orient (Guerre de Suez 1956)

L’Egypte de Nasser qui caresse des rêves de pays puissant dans la région se rapproche des soviétiques, s’arme, et décide en 1956 de s’accaparer le canal de Suez. Il le nationalise. Les Britanniques qui en sont les propriétaires et les Français qui en possèdent des actions s’insurgent. Ils signent des accords avec Israël.

L’armée israélien (qu’on nomme Tsahal) attaque et en 100 heures c’est tout le territoire qui est pris. Mais les Russes qui soutiennent l’Egypte empêchent les forces israéliennes de capitaliser leur victoire.

 

C’est un camouflet. Les Israéliens doivent se retirer. Des casques bleus sont installés dans le Sinaï qui devient une zone tampon démilitarisé.

Enfin Israël apparait clairement comme l’émissaire des Occidentaux dans ce contexte de guerre froide. Et c’est probablement le point important a retenir de cette Guerre de Suez en 1956. De part leur histoire et leur construction les Israéliens deviennent un Etat qui cherche à se protéger de ses ennemis en poursuivant ses alliances européennes anciennes. Les deux guerres citées avant participe aussi à la création d’une identité israélienne. C’est dans ces guerres de survie et de puissance, dans la conscience d’une histoire tragique, dans une religion qui les rapproche, que cette nation s’est construite au XXe siècle.

La Guerre des Six Jours (5 au 6 juin 1967)

En 1967 a lieu la véritable première guerre de l’Etat d’Israël dans le sens où ici, elle ne dispose pas d’alliés.

En effet durant l’été 1967 la menace gronde et le jeune Etat se sent menacé. Les casques bleus sont partis du Sinaï. Des armées se massent aux frontières de Syrie, de Jordanie et d’Egypte. Lorsque des bateaux israéliens sont bloqués dans le détroit de Tiran s’en est trop. Israël décide d’attaquer !

La stratégie militaire israélienne n’est en effet pas compliqué. Installé dans une cuvette, entourée de pays qui lui sont hostile, l’attaque préventive est sa seule option stratégique. Couplé avec une tactique de guerre éclair, sa technique militaire a fait ses preuves. Mais c’est sur 3 fronts comme on peut le voir sur cette carte que Israël doit s’imposer.

 

Nouveau succès pour Israël qui confirme sa capacité à se défendre, et sans aide cette fois-ci. La survie du petit pays ne semble plus en question. Elle obtient aussi de nouveaux territoires … sur lesquels se trouvent les Palestiniens qui avaient quitté le pays lors de la Nakba de 1948. Autre grande victoire symbolique, les Israéliens prennent Jérusalem entièrement. Pour la première fois depuis des décennies le Mur des Lamentations leur est accessible.

La Guerre du Kippour (1973)

Les pour-parlers entre Arabes et Israéliens semblent bloqués en cette année 1973. Golda Meir joue l’immobilisme. L’armée israélienne Tsahal, sûre de sa supériorité depuis la Guerre des Six jours, est surprise lorsque le 6 juillet 1973 l’Egypte et la Syrie passent les frontières pour les attaquer.

L’offensive est d’une efficacité redoutable. Les assaillants formés et équipés par les soviétiques possèdent une force de frappe redoutable. Si le Sinaï permet une guerre de mouvement, le Golan, lui, est en situation de grand danger. Il faut attendre le 8 octobre pour que l’armée israélienne parvienne à arrêter l’offensive et à récupérer les territoires perdus.

Victoire, mais à quel prix ! Pour la première fois des soldats israéliens ont été fait prisonniers (et torturés en Syrie) Les erreurs du Tsahal et la nécessité de demander l’aide des Etats-Unis, avec la mise en place d’un pont aérien, change durablement la société israélienne, qui se jure de ne plus faire les mêmes erreurs. L’URSS, elle, en ressort grandis, et les pays arabes mettront en place l’OPEP qui entraîne la hausse des prix du pétrole. Ainsi, pour la première fois, une guerre impliquant Israël a aussi eu des conséquences à l’échelle internationale.

Le bilan lourd s’explique aussi par l’impossibilité ici pour Israël d’attaquer de façon préventive. C’est la dernière guerre de survie à laquelle il dut faire face. Deux choix comme on l’a vu s’imposent : attaquer préventivement ou subir de lourdes pertes, et risquer l’anéantissement, si elle reste sur la défensive et sans alliés. Choix tragique dont on ne peut qu’espérer qu’Israël n’aura pas à y être confronté, mais qui guide la géopolitique israélienne actuelle.

Une géopolitique entre intrusion et repli

La Guerre au Liban, l’opération « Paix en Gallilée » (1982)

En 1970 est créée l’OLP : Organisation de Libération de Palestine. Elle regroupe de nombreuses tendances de groupes terroristes à des cercles politiques dont le but est commun : l’indépendance de la Palestine. Ces groupes sont installés pour la plupart dans le « Fatahland ». Une région du sud du Liban qui avait accueilli les Palestiniens excluent en 1948.

Exaspérés par les infiltrations de certains groupes au-delà de leur frontière, Tsahal décide d’attaquer le Liban et de mettre un terme à l’existence de ces groupes. Son objectif n’est pas donc d’uniquement sécuriser le Fatahland, mais de prendre Beyrouth. Les combats deviennent violents. On peut citer le massacre des villes de Sabra et Chatila. Deux camps de réfugiés palestiniens que des milices chrétiennes libanaises (les Phalangistes) qui aidaient l’armée israélienne ont massacré. La raison ? Le suspicion de la présence d’indépendantistes …

La guerre se termine en 1982 obligeant l’OLP a fuir le Liban. Son départ voit la création d’un nouveau groupe dans la région du Fatahland : le Hezbollah.

Israël et les groupes armées voisins

Ainsi malgré son retrait, Israël continue depuis 2000 à répliquer aux attaques du Hezbollah stationné au Liban. On s’envoie quelques tirs de mortiers et de roquettes de part et d’autre de la frontière. Le Hamas opère de la même façon depuis la petite bande de Gaza. Ces deux groupes se caractérisent par un islamisme radical (sunnite pour le Hamas proche des Frères Musulmans égyptiens ; chiite pour le Hezbollah financé par l’Iran).

Ainsi selon les activités de l’ennemi, Tsahal tente de répliquer sans avoir recours à l’invasion de territoires comme il le fît avec le Liban. C’est le cas en 2006 ou l’armée réplique après une attaque de type terroriste (toujours dans sa logique d’oeil pour oeil)  par un bombardement massif comme on peut le voir sur la carte.