Des Hendayais dans la Grande Guerre

Durant la 1ere Guerre Mondiale on dénombre en moyenne 9,9 millions de lettres expédiées de l’arrière pour le front, et 6 millions du front vers l’arrière. Cet important corpus permet de retracer la vie de nombreux soldats. C’est ce qu’a fait Sud-Ouest Pays-Basque cet été à travers 5 articles qui retracent les destins de 5 Hendayais marqués par la Der des Der.

 

 

L’histoire d’Henri Belin témoigne de la dureté des combats, de la vie du front, mais aussi de la brutalité dont pouvait faire preuve les officiers sur le terrain. Comme cet « officier J » qui n’hésite pas à menacer Henri de son revolver pour l’obliger à se relever et à monter au front. Loin d’être anecdotique ce comportement est dû à la stratégie de l’Etat Major français qui recherche la percée des lignes allemandes à tout prix. Stanley Kubrick dans Les sentiers de la Gloire dépeint cette réalité. D’après certains historiens comme B. Ziemann cette discipline aurait été un « facteur de cohésion » des armées européennes. Néanmoins, sur 5,5 millions de soldats français on ne dénombra que 600 condamnations pour indiscipline.

Non, ce qui permet à Henri Belin de continuer le combat semble plutôt être la proximité de son ami Dominique Moleres. Les liens personnels dans ces noyaux de combattants que les historiens nomme « groupes primaires combattant » semble être le véritable facteur de cohésion. C’est parce que Henri sait que son ami Dominique combat pour les mêmes choses, qu’ils partagent les mêmes valeurs qu’il peut continuer le combat .

 

Triste histoire que celle du fils du Docteur Camino. Longtemps à demi-mot les Hendayais parlèrent du drame qui s’était déroulé dans la maison de Pierre Loti. Tout le monde savait ce qui s’y était passé, mais personne n’osait se l’avouer. La guerre semble avoir déclenché chez son fils Romaldo une schizophrénie paranoïaque. Les médecins ont beaucoup écrits sur ces cas mais ignorent comme les soigner. On se contente des remèdes utilisés avant la guerre en psychiatrie : la balnéothérapie, l’hydrothérapie et le chloroforme pour les cas les plus inquiétants. La France ne créé que 20 000 lits pour gérer ces cas de névrose de guerre contre 65 000 pour le Royaume-Uni en 1915.
Le seul remède véritablement efficace qu’ont trouvé les médecins d’après l’historienne Sophie Delaporte fut de renvoyer les soldats souffrant d’une névrose récente avec ses camarades du « groupe primaire combattant ». Le renvoyer dans sa famille aurait accentué ses crises. Seuls ses camarades du front semblaient pouvoir calmer les terreurs de ces hommes.

 

Les « marmites » comme Emile Lesca les nomme ce sont ces obus qui firent de la 1ere Guerre Mondiale un enfer. L’obus, ses éclats ou son souffle (le blast) sont la première cause de mortalité au combat et sont à l’origine de 70 à 80% des blessures durant toute la période de la guerre. Outils de mort, si les énormes canons comme la grosse Bertha de 420 mm sont connus de tous, ce sont les 75 mm français (les meilleurs canons de l’époque) ou les Krupp de 77mm légers et maniables qui sèment la mort dans les tranchées.
Comme l’écrivit sobrement en 1917 un soldat : « il n’y a rien de plus horrible à la guerre qu’un bombardement ».

 

Le destin de Pierre Molérès est intéressant car il témoigne du dévouement de bon nombre des soldats durant la première guerre mondiale. Si les combats sont éprouvants, il ne rechigne jamais comme il le dis lui même à « faire son devoir ». Fait intéressant, Pierre donne un nom de jeune fille à sa carabine Lebel. Les historiens se sont penchés sur ces pratiques. On observe ainsi que le discours autour de la guerre est sexualisé. Il dépend du soldat d’empêcher le « viol de sa nation ». De nombreuses caricature dépeignent la Belgique sous les traits d’une femme violentée par un soldat allemand. Cette vision du conflit explique l’adhésion des soldats à prendre part au combat. Peu de soldats souhaitent l’arrêt des hostilités des deux côtés, car ce serait ouvrir la porte à des ennemis près à tuer, piller et violenter les familles restées en arrière. Tout le monde est persuadé de défendre ses proches et les gens qu’ils aiment.

 

 

 

Dernière explication propre à l’Europe de cette adhésion massive à la guerre, c’est l’importance que revêt la Nation et l’Etat. Comme l’explique Joséphine : « un soldat devait mourir pour sa Patrie ». La chose commune passe avant les individus. Néanmoins comme on l’écrit sur les stèles, la Patrie sût se montre reconnaissante. Du moins la France qui se dote du système le plus complet en Europe à l’opposé d’autres pays comme la Grande-Bretagne laisse ce soin aux oeuvre privées  Des pensions sont allouées par la loi de 1920 aux victimes, aux enfants, et aux veuves. Une proposition de loi propose même de doter les veuves de guerre du droit électoral de leur défunt mari !
La question qui se pose n’est pas uniquement le deuil des familles, mais celui d’une nation entière. Cette question du deuil, de la douleur des vivants qui n’arrive pas à oublier leur héros est centrale. Elle explique en partie la volonté de revanche de l’Allemagne et celle du pacifisme farouche des Français durant l’entre-deux-guerres.