Affaire Fillon : un candidat sur le grill

Depuis quelques jours tout le monde s’emballe autour de « l’affaire Fillon ». Beaucoup de choses sont écrite, mais qu’est-ce qui est vraiment en jeu dans cette affaire ? Plus que le problème moral, qu’est-ce que cette affaire nous apprends sur notre pays et son système politique ?

 

« L’Affaire Fillon »

 

Le courage, ok. La vérité ….

Elle semble loin désormais la soirée électorale du dimanche 27 novembre où François Fillon écrasait Alain Juppé avec ses 68% des voix. L’article que j’ai écris sur la droite rend cette élection d’autant plus étonnante que Fillon était plutôt le candidat d’une droite contre-révolutionnaire et libérale, tandis que Juppé incarnait plus les idées gaullistes et libérales, les plus populaires du mouvement. Mais l’aura d’honnêteté, de rigueur, de probité que porte ce courant de droite a renforcé le discours de Fillon. Juppé qui avait un programme plus « clair » sur le fond n’a pas profité de cette aura d’honnêteté pour avoir été condamné en 2004 pour « prise illégal d’intérêt » dans l’affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris.

Quelle ironie de voir ainsi la femme de monsieur Fillon poursuivie pour emploi fictif d’attaché parlementaire pendant 10 ans et avoir ainsi touché 500 000 euros. C’est le Canard enchainé qui fin janvier publie la nouvelle. Les enquêtes des journalistes révèlent que la seule preuve de son travail serait deux notes rédigées … en 10 ans. Attaqué, Fillon révèle au JT de TF1 le 26 janvier 2017 avoir missionné deux de ses fils pour un travail parlementaire. La stratégie ? Faire preuve d’honnêteté. Avouer une action peut-être pas tout a fait éthique mais légale. Pas de chance, le candidat avait oublié que ses enfants n’était pas encore diplômé. Leur mission ne se justifiait donc pas.

Lien d’un article de l’Express qui récapitule l’affaire

Passons les détails. Mais les perquisitions à l’Assemblée Nationale, l’enquête d’entourage révèlent que c’est monsieur Fillon qui touchait les émoluments de sa femme et que cette dernière n’était pas présente dans les bureaux. Voilà pour l’enquête judiciaire qui suit son cours. Mais ce qui nous intéresse ici, c’est l’aspect politique.

De la probité en politique

 

Le problème c’est que cette mésaventure ne concerne par n’importe qui. Elle concerne un candidat à l’élection présidentiel. Pire, un candidat qui s’était construit une image d’homme intègre, probe, qui ne trempe pas dans les « magouilles ». Cette mésaventure me rappelle l’histoire de César dont la femme Pompéia était soupçonnée de le tromper. Sans aucune preuve, il la répudia déclarant « la femme de César ne doit pas être soupçonnée ». Lourd écho. Ce qui entache Fillon c’est le soupçon. Qu’importe qu’il soit coupable ou non. Il se doit d’être exemplaire, irréprochable. Sinon il rend caduque sont élection au primaire puisque l’argument qui lui a permis d’obtenir sa candidature est celui de sa probité. Maintenant qu’il ne l’a plus il lui sera très difficile de faire campagne …

Partir ou ne pas partir …. telle est la question

 

Depuis quelques jours on assiste donc une séquence politique surréaliste. Alors que tout les cadres de son partis le lâche, que même les militants sur le terrain n’arrivent pas à rallier des électeurs, François Fillon reste droit. Ce dernier est en effet piégé. Si il se retire, le soupçon se confirme et sa carrière politique sera très très mal engagée. Si il tient, qu’il surmonte l’affaire par une victoire aux élections, alors il triomphe. C’est donc un quitte ou double pour sa carrière. Mais comme le chêne de la fable, plus il résiste face aux attaques, plus il risque de se briser.

L’autre aspects, intellectuellement important pour un candidat, est que cette affaire apparait comme une ordalie. Une épreuve à surmonter pour mériter son élection. En effet, un Président se doit de pouvoir surmonter toute épreuve pour arriver à diriger le pays. On peut donc supposer que François Fillon voit dans cette affaire un obstacle légitime à sa conquête du pouvoir. Quelque chose qui fait partie du « jeu ».

 

 

Corruption et République

 

Mais au final on ne parle pas des « vrais » problèmes. Le premier c’est peut-être le système de primaire en soit comme je l’ai signalé dans mon article sur la droite. Déjà divisée par la primaire (qui n’est pas dans la culture du parti) la droite un peu fragilisée profite de la crise pour désavoué totalement leur candidat. A partir de là il va être difficile de surmonter l’épreuve du Pénélopegate sans l’appui de son parti. Gagner une élection, impossible. Fillon doit donc laisser sa place. Mais comment alors qu’il a été choisit par les militants de façon écrasante il y a un mois à peine ? Situation tragicomique pour ne pas dire absurde.

Quant a la corruption, on peut se demander si elle n’est pas inhérente au système républicain. Salluste écrivait déjà dans sa guerre de Jugurtha au sujet de la République romaine « La république est à vendre, elle n’attend plus qu’un acheteur ». Ici on parle d’argent des Français, de l’argent public. Mais quid des lobbies ? Ils intéressent moins, et pourtant l’affaire Le Pen en cours sur son financement occulte à travers le microparti « Jeanne » est tout aussi dangereux, illégal et inquiétant.

Lien vers les décodeurs du Monde pour comprendre le financement « occulte » du FN