Le socialisme français

I/ Qu’est ce que le socialisme

 

C’est en 1822 que l’ancien industriel Robert Owen invente le mot « socialisme »  en Grande-Bretagne. Elle désigne deux choses. Soit une philosophie, une doctrine politique (elle apparait alors avec la révolution française en 1789), soit elle désigne un mouvement « socialiste » revendiquant des droits et des assouplissements de leur condition de travail comme les Canuts en France en 1831 (et donc pas forcément ouvrier …).

 

Le socialisme est en tant que philosophie à une utopie. Marqué par une histoire rationaliste. Elle considère que l’histoire peut être améliorée, ainsi que la condition humaine, grâce au progrès, à l’innovation et à la raison. Les tensions sociales devraient s’éteindre ainsi entre propriétaire et travailleurs. Comme on le voit ce mouvement est profondément nourri des idées des Lumières. Et c’est donc bien évidemment la révolution française avec son rêve d’égalité qui lui donne un corps politique.

 

En effet deux mouvements se créés alors. D’un côté le « gauche » qui porte la révolution et souhaite mettre en place une République. La « droite » quant à elle supporte la monarchie. Jusqu’au XXe siècle la distinction entre les deux est donc facile.

 

La triple facture sous Robespierre :

                                         Etats-Généraux en 1789

Une technique du pouvoir : Robespierre lorsqu’il crée en 1793 son « Comité de Salut Public » met aussi en place la Terreur. Il théorise alors l’idée de « gouvernement révolutionnaire ». Pour lui « le but du gouvernement constitutionnel est de conserver la Révolution, celui du gouvernement révolutionnaire est de le fonder ». Ou « La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis ; la constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible ». Cette idée, reprise par Marx est celle d’une dictature du prolétariat (gouvernement révolutionnaire sous la plume de Robespierre). Ainsi, pour arriver à cette utopie, tous les moyens sont bons pour y arriver y compris la suspension des libertés individuelles.

 

Une technique de contre-pouvoir : En 1789 Paris est formé de 48 sections administratives. Elle frome un contre-pouvoir au Comité de Salut Public. Elles forment un pouvoir populaire ou sectionnaire. Elle forme donc une démocratie directe, les élus y sont révocables, les manifestations massives  et soutien l’insurrection armée si besoin.

 

La technique de la prise de pouvoir : Babeuf après le 9 thermidor (la mort de Robespierre donc) prépare une insurrection dans la clandestinité. Son journal (le Tribun du Peuple) la prépare. Il est arrêté en 1796 et meurt condamné par la justice en 1797. Ce précurseur inspirera beaucoup les communistes et notamment Lénine.

 

Le mouvement se scinde déjà en 3 courants fondés sur le « moyens » d’arriver à ses fins.

On est pas encore au socialisme, mais ces mouvements n’auront de cesse d’alimenter le futur mouvement.

 

L’économie :

 

Révolte des Courrières , après la mort de 1 099 personnes dans une catastrophe   minière en 1906

Très simplement, le socialisme s’est fondé à l’origine sur l’idée de collectiviser tous les moyens de production. La suppression totale de la propriété privée de Marx à Jaurès en France fonde le mouvement socialiste.

En effet, contrairement à Adam Smith et au libéralisme, les socialiste ne croient pas en l’auto-régulation du marché. A partir de là, l’Etat doit intervenir. Mais aujourd’hui les politiques, et les socialistes eux-mêmes, ne considèrent plus ces critères pertinents dans la définition du socialisme.

 

Pour plus de démocratie :

 

Le socialisme du XIXe siècle s’est fondé aussi sur une aspiration politique. Je l’ai écrit plus haut, pour se réclamer du socialisme « politique » il suffit en France de soutenir un idéal républicain et démocratique au XIXe siècle. La « gauche » est donc celle qui défend l’idéal républicain, et souhaite permettre à tous d’accéder au pouvoir

 

 

II/ Deux traditions socialistes

 

Le socialisme « par le haut »

 

Très simple. Auguste Blanqui défend l’idée d’une révolution qui imposerait les règles du socialisme. Ce serait donc une élite révolutionnaire  qui choisirait pour les masses. Tant pis si la majorité n’est pas d’accord. Pas démocratique donc, elle prône la formation d’une « élite révolutionnaire ». C’est le blanquisme.

Blanqui passera 43 ans de sa vie en prison. L’épisode de la Commune à Paris en 1871 incarne sa tentative de mise en place.

 

 

Marx et sa théorie communiste de la « dictature du prolétariat » s’incarne aussi dans cette tradition d’une élite révolutionnaire qui doit imposer les règles économiques et politiques qui doit permettre à tous d’atteindre la félicité. En effet, le marxisme ne cherche pas à détruire la propriété privée mais à la transférer à l’Etat. Elle déplait ainsi à certains socialistes …

 

Les radicaux comme Clémenceau ou Jaurès à ses débuts, pensent que la République résoudrait tous les problèmes sociaux. Leur objectif est donc la création et la défense d’une République. Et utiliser cette dernière comme solution.

 

Le socialisme « par le bas »

 

Les socialistes par « le bas » cherche à appliquer strictement la formule de Marx « l’émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes ». Plus, ils doivent de la même manière continuer à diriger le pays. Plusieurs courants s’y inscrivent. Ce sont donc les syndicats, les ouvriers, et les partis qui doivent permettre la gestion du pays. Pas l’Etat.

 

Pierre-Joseph Proudhon explique que pour abolir la propriété privée, il faut d’abord abolir sa garante, l’Etat.

Être GOUVERNÉ, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni le titre, ni la science, ni la vertu… Être GOUVERNÉ, c’est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C’est, sous prétexte d’utilité publique, et au nom de l’intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré.  Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !

 

Il rêve d’une société sans Etat. Au niveau économique les producteurs et consommateurs échangeraient sans intermédiaire. Des associations rendraient le système viable et qui s’autogèrerait. La révolution doit être « perpétuelle ». Mais à la différence d’un Robespierre, elle ne passe ni par le politique ni par l’Etat. Cette doctrine est l’anarchisme.

Cette idée d’ « association » (qui prend plusieurs noms sous la plume de Proudhon) se confondra par la suite avec les « syndicats ». L’émergence de ces derniers apparait comme le levier principal pour arriver  à cette société. C’est l’anarcho-syndicalisme.

 

Jean Allemane est quant à lui un ouvrier français. Il participe à la Commune de Paris. Lui accepte le jeu démocratique et républicain. Pour lui il faut adopter les règles du jeu des bourgeois. C’est la « grève générale » et les syndicats qui doivent incarner le rapport de force. C’est l’allemanisme.

Enfin, Jules Guesde incarne le courant principal du socialisme français. Il se définit par le  refus d’un socialisme réformiste qui participerait à la gouvernance de la France en pactisant avec des gouvernements républicains. Refus également d’une insurrection. Il s’agit donc de préparer la révolution de façon organisée et méthodique. Comment ? En créant classe ouvrière qui soit apte à s’opposer à la bourgeoisie. Il faut donc mettre en place une contre-société avec ses penseurs, ses syndicats, sa propre culture. Le parti socialiste est aussi l’instrument fondamental de cette lutte des classes.

Le guesdisme en France devient le courant principal en France car cette position du « ni-ni » parait au lendemain de l’échec de la Commune et l’implantation en cours d’une République la plus pertinente.

Ces mouvements de « socialisme par le bas » comme on le nomme en France s’inscrit donc dans le « mouvement ouvrier ». Il s’agit de la prise de pouvoir par les ouvriers à travers d’association, de syndicats, de partis d’une contestation de la pénibilité de leur mode de vie. Elle prend plusieurs formes. Mais les évènements de la Commune de 1870 à 1871 disqualifient ce socialisme. Compliqué à analyser au point d’être récupéré par toute les tendances, la Commune marque néanmoins l’échec de s’imposer par la force comme le feront les communistes en URSS …

De ces différentes traditions vont ainsi naitre la SFIO en France, le parti socialiste, et le PC, le parti communiste.

 

III/ Le socialisme au XXe siècle

 

Ces différentes traditions vont ainsi donner naissance à deux grands partis de gauche

De la SFIO au PS

 

En 1905 est créé la SFIO. Elle englobe de nombreuses tendances de gauches : les guesdistes, les allemanistes, les radicaux et une partie des communistes.

 

En 1920 au Congrès de Tours, face au choix de l’adhésion à l’Internationale communiste né avec l’URSS crée une scission. Les communistes quittent la SFIO. Cette division affaiblit durablement le partit.

 

Les deux partis se retrouvent en 1936 pour s’unir et gagner les élections. C’est le Front Populaire. Sous la houlette de Léon Blum ils mettent en place de nombreuses réformes. Les divisions ne tarderont pas à se manifester. La Guerre d’Espagne finit de faire imploser l’alliance et la SFIO elle-même entre ceux qui veulent soutenir les Républicains au-delà des Pyrénées et les autres.

 

Si la défaite de 1940 marque un virage particulier. La SFIO disparait. Elle épure ses cadres. Ne reste que ceux qui résistent. Une nouvelle génération d’hommes émergents : Guy Mollet (pas comme les œufs), Pierre Mendès-France … Mais la guerre renforce aussi le concurrent de toujours : le Parti communiste français. La SFIO enregistre ainsi 21% des voix en 1946 tandis que le PCF le devance avec 25%. Le MRP (parti de droite) les devance avec … 28%

 

En 1958 la IV République s’effondre. L’une des causes est l’absence d’un parti fort à gauche. La SFIO peine à capter les forces. Elle ne peut jamais gouverner sans le soutien du PCF. Ce dernier s’étiole néanmoins d’années en années. La faute à une société de moins en moins ouvrière et de plus en plus tertiarisée.

 

En 1965 François Mitterrand se présente pour la première fois comme candidat unique des partis de gauche. En 1969 il porte coup de grâce à la SFIO au congrès d’Issy-les-Moulineaux. En 1971 au Congrès d’Epinay émerge le Parti Socialiste ou PS.

 

Le PS, une machine à gagner ?

 

Mitterrand créé le Parti Socialiste dans le but d’unir toutes les forces de gauche dans le but de gagner les élections. Très clairement le parti possède une ligne réformiste (comme Bernstein en Allemagne). Il souhaite accéder au pouvoir, pour réformer l’Etat et créer une société plus égalitaire.

 

Quand Mitterrand arrive au pouvoir en 1981 il met en place un programme socialiste au plein sens du terme : nationalisation d’entreprise, politique de grands travaux, libertés individuelles accordées, augmentation du nombre de fonctionnaire … Mais très vite la dette de la France explose. En à peine un an Mitterrand est obligé de revoir ses exigences à la baisse. Pire en 1986 les élections législative lui impose un 1er ministre de droite, Jacques Chirac. Le socialisme mitterrandien ne semble marcher que lorsqu’il est contrebalancé par une force de droite.

 

Le Ps connait à partir de là de nombreuses forces de gauche qui viennent le concurrencer. Les Verts (Europe écologie aujourd’hui) qui met en avant la coopération européenne et la protection de l’environnement. Le Front de Gauche, vieux reliquat des mouvements guesdistes du XIXe …

Le socialisme en Europe connait pourtant de nombreux succès. En effet la social-démocratie en Allemagne et au Royaume-Uni connait de vrais succès électoraux. Ayant abandonné le socialisme économique, ce dernier se concentre sur un socialisme philosophique. Mais pour parler de « social-démocratie » il faut « un socialisme par le bas », un syndicalisme qui le soutien, un mouvement ouvrier fort. Ce qui n’a jamais existé en France. Pire, depuis 1971, le PS se dote de statut excluant la doctrine social-démocrate. La réforme économique est en effet au centre de la doctrine du PS.

 

Le PS français se trouve ainsi dans une position originale qui s’explique par son histoire et le congrès d’Epinay de 1971. Dans l’impossibilité de le conceptualiser, de le théoriser, le PS mène une politique social-démocrate sans pouvoir vraiment l’assumer. D’ailleurs on comprend mieux après analyse que Benoit Hamon, qui présente finalement un programme dans l’idéologie du PS de 1971 ait été élu aux primaires. C’est finalement Emmanuel Macron qui représente le mieux la tendance social-démocrate. Mais lui aussi ne l’assume pas face à l’opinion publique. Comme si l’intransigeance révolutionnaire de 1789 et de 1870 restait toujours dans l’ADN de la gauche …