Une histoire politique des femmes en France

Le programme de première demande d’aborder la question de l’histoire des femmes en France … mais uniquement d’un point de vue sociale, et dans le XXe siècle. J’ai donc rédiger un article pour aller plus loin et recontextualiser la lutte des femmes en France pour l’obtention de leur droit. Un deuxième article viendra sur les questions culturelles.

 

L’origine des inégalités entre les hommes et les femmes en France

 

Platon, l’homme qui n’aimait pas les femmes

L’héritage philosophique grec inscrit déjà une inégalité marquée entre les 2 sexes. Pour Platon en effet « la femme est un homme raté ». Elle lui est « inférieure par nature » car moins forte. L’Eglise chrétienne au Moyen-Age reprend cette idée. La droit romain lui aussi conçoit pour des raisons natalistes (préserver le corps social des citoyens romains).

On pourrait penser que les Lumières au XVIIIe siècle allait mettre un terme à cette inégalité entre les sexes. Or ce n’est pas le cas. Comme Platon, les philosophes des Lumières considèrent qu’il existe une « nature féminine ». La femme se définirait avant tout par son corps sexué qui se caractérise par sa faiblesse et sa prédestination à la maternité. La femme se confond avec son utérus. Ainsi, le code civil de 1804 comme l’explique Cambacéres cherche après le désordre révolutionnaire (la révolution accorda de nombreuses libertés aux femme) à rétablir un état ordonné et stable. Le droit privé doit l’emporter sur le droit public. Les femmes doivent retourner à leur état naturel. Le Code Civil de 1804 établit ainsi les femmes sous la tutelles des nobles.

 

Les femmes jusqu’à la IIIe République

 

Les socialistes très vite se questionnent sur le statut de la femme. Saint Simon veut redéfinir les rapports sociaux y compris entre les sexes.

La révolution de 1830 marque une rupture. Si les femmes sont dans la rue comme en 1789, elles en deviennent le symbole. Elles réclament une liberté de parole. Delacroix avec sa liberté guidant le peuple lui donne une représentation.

La liberté guidant le peuple, 1830, Delacroix

L’élément qui cristallise l’inégalité hommes/femmes en France au XIXe siècle est bien sur le droit de vote. Ce dernier est en effet « exclusif » est accordé uniquement aux hommes. On considère en effet que l’homme est le noyau de la cellule familiale. Or c’est le foyer dont on veut l’expression à travers le vote et pas les individus. C’est la famille qui constitue « la communauté naturelle » de la société. Il est donc logique que seul le mari vote.

En 1848 un nouvelle révolution destitue le roi Louis-Philippe. Une République naît. Très vite les femmes s’adressent à elle. Elle n’ont pas le droit de vote mais ont d’autres biais pour s’exprimer dans l’opinion publique. Ainsi Désirée Gay lance une grande pétition pour que des Ateliers Nationaux soient constitués pour les femmes. Elle fonde aussi une association et un journal : l‘Opinion des femmes.

Eugénie Niboyet quant à elle cré un journal en 1848, La voix des femmes.

En bref, les « 48ardes » se replient dans l’associanisme et l’éducation. Pour ces femmes, l’instruction est la base de l’affranchissement des filles.

 

La IIIe République et les femmes

Dans un premier temps il faut distinguer deux termes :

  • Le suffragisme : Courant revendiquant les droits civiques pour les femmes et passant par une action militante.
  • Les suffragettes : Personnes ayant recourt a des action « d’éclats » comme Hubertine Auclert. La suffragette est une guerrière qui a entrepris une conquête armée de droits politiques de la femme, là où les suffragistes procède à la même besogne par la pénétration pacifique.

Sous la seconde république on a eut un reflux des luttes. Les débats se sont déployés dans les associations ou lieux de sociabilités. Ces débats débouche sur l’action durant l’épisode de la Commune à Paris en 1871. La femme gagne l’image de la « patriote ». Hugo écrit alors  » il y a des citoyens, il n’y a pas de citoyennes. C’est là un état violent, il faut qu’il cesse ». La question du vote et du statut de la citoyenne redevient d’actualité.

Le terme de féminisme apparait sous la plume de Dumas fils en 1872 mais dans un sens péjoratif. Là encore il s’agit d’être précis dans les termes ! Florence Rochefort distingue ainsi plusieurs termes :

  • Féminisme : Théorie politique
  • Féministe : Désigne les individus
  • Mouvement féministe : organisation collective

Le féminisme est donc une culture politique spécifique qui traverse et peut-être traversé par d’autres courants de pensées politiques (socialisme, nationalisme, républicanisme …) C’est donc un courant varié, pluriel, mouvant. Il n’est donc pas absurde de voir des personnes de tendances politiques se réclamer de ce mouvement (Marine Le Pen s’en dit, les philosophes Elisabeth Badinter ou Sylviane Agacinski plus à gauche aujourd’hui).

Hubertine Auclert essayant de bourrer une urne

D’ailleurs Hubertine Auclert est proche du journal de la Libre Parole, antidreyfusard et surtout, antisémite. En 1879 sa société du droit des femmes est autorisée. En 1880 les suffragettes menées par Hubertine Auclert tente de voter de force à chaque élection ! Cette dernière fait même grève devant les bureaux. Elle est la première suffragette de l’histoire ! Elle fonde son journal : La Citoyenne.

La même année, au Congrès de Marseille, 6 femmes font voter une motion « au nom des 9 millions d’esclaves, la moitié déshéritée du genre humain ». Les masses sont sensibilisés à cette inégalité petit à petit … Les guesdistes (des socialistes donc) sont en effet les premiers à reconnaitre l’inégalité entre hommes et femmes à l’instar de l’inégalité entre les prolétaires et les bourgeois. Cette idée se diffuse. Les Radicaux sont réticents car ils voient dans les femmes une menace à la République. Elles sont pour eux une menace cléricale …

En 1904 est créée un Alliance internationale pour le suffrage des femmes. En 1910 des meetings s’organise … mais la 1er guerre mondiale met le mouvement entre parenthèse. Les féministes soutiennent la patrie.

 

Dans l’entre 2 guerres

Après et pour leur effort de guerre les femmes espèrent obtenir le droit de vote … En 1919 l’assemblée nationale accorde le droit de vote aux femmes ! Mais sous la pression du président Combes le Sénat à 156 voix contre (et 136 pour …) le Sénat la refuse. Encore une occasion ratée. Pourquoi ce revirement ?

La première raison est démographique. La guerre a causé une hémorragie dans la démographie française ! Emanciper les femmes c’est prendre le risque de voir la natalité baisser. On maintient donc la femme sous l’autorité masculine. Il est nécessaire de restaurer la cellule et l’ordre familiale. La deuxième raison, qui court depuis le XIXe siècle, est tout simplement la peur de voir les femmes voter dans le sens du clergé (peur on le verra justifié). Ce n’est pas pour rien qu’en 1919 le Pape lui-même se prononce pour l’octroi du droit de vote aux femmes. Enfin, dernier raison, philosophique est avancée par Pierre Rosanvallon mais soumis à débat, le droit Français ne considère pas des « individus » mais comme des représentants de leur cellule. Le vote des femmes ne se justifie donc pas.

Louise Weiss et ses copines à Longchamp

 

Après cette occasion ratée le mouvement suffragiste reprend. Louise Weiss empêche une course à Longchamp ! Elle mêne des actions d’éclats pour arriver à ses fins. Les féministes ont tendances à militer dans les partis (ce sont les « modérés »). Elles témoignent ainsi leur soutien à la République.

En 1936 le Front Populaire accède au pouvoir et amène un vent d’avancées sociales. Trois femmes sont ainsi nommées ministres : Cecile Brunschvig, Suzanne Lacore, Irène Joliut-Curie (la fille de Pierre et Marie Curie, excusez moi du peu). Mais le droit de vote ne leur est toujours pas accordé. On redoute en effet par son octroie de voir le départ des radicaux du front populaire.

 

Les Françaises et la 2e Guerre Mondiale

 

Pétain explique la défaite de 1940 dans ces mots : « l’esprit de jouissance l’a emporté sur l’esprit de sacrifice ». L’autonomie et le travail des femmes est dénoncé. Si la France a perdu c’est car la nation s’est féminisée. Le Maréchal met donc en place la Révolution Nationale pour redresser la nation.

Le programme de la Révolution nationale est très simple. Il est contre-révolutionnaire. Il faut revenir à la situation antérieur à 1789. Il faut contrer l’individualisme et prôner un « retour à la terre ». La nation est conçue comme une « grande famille ». Le métissage est proscrit car il « affaiblit le sang ». La femme est (par essence) la mère au foyer, et donc le pivot entre famille et nation. C’est elle qui doit diffuser cet idéal et ces valeurs. On le voit dans le cas de la « mère au foyer », l’individu s’efface au profit de la cellule familiale, la femme s’efface derrière la mère ou l’enfant. Concrètement Philippe Pétain pour mettre en place cet idéal met en place les dispositions suivantes :

  • Divorce rendu plus difficile
  • Projet de vote « par famille »
  • Primes à la naissance mise en place
  • La Fête des mères devient fête nationale
  • Répression sans concession concernant les abandons et les avortements. Marie-Louise Giraud est ainsi exécutée en 1943 pour 26 avortements. La même année on enregistre 4055 condamnation …
  • Suppression des écoles normale pour filles en 1940 et fin de la mixité.
  • Les femmes mariés et de plus de 50 sont exclus en 1940 de la fonction publique
  • La non-embauche et le renvoi des femmes est préconisées. On encourage l’embauche des pères. Cette politique est abandonnée avec la mise en place du STO par manque de travailleurs.

 

Jeanne Bohec, une fille explosive (littéralement)

 

 

Dès lors, on comprends pourquoi de nombreuses femmes rentrent en résistance comme Lucie Aubrac, Marie-Madeleine Fourcade … ou Jeanne Bohec qui apprenait aux résistants à fabriquer des explosifs.

Malheureusement l’action des femmes, surtout logistique, est « invisible ». Seuls 6 femmes (dont 4 à titre posthume) sont nommé à la libération « compagnons de la liberté » contre 1 024 hommes. Le mythe résistancialiste qui se construit après guerre est un mythe viril. Les femmes ont pourtant beaucoup oeuvré dans ces réseaux.

 

 

 

 

 

Les Femmes dans la IV et la Ve République

 

La France est l’un des derniers pays en Europe a octroyer le droit de vote le 21 avril 1944 par une ordonnance établie par le gouvernement provisoire. Le 13 mai 1945 elle vote pour la première fois ! Notons que les femmes des colonies sont néanmoins exclues du corps électoral. Elles sont aussi exclues de la vie politique puisque jusqu’en 1993 elles représentent 6% des députés en moyenne … Mariette Sineau parle de « République mâle ».

 

Les Françaises doivent maintenant « apprendre » à voter comme les hommes l’ont fait au XIXe siècle. Les travaux de Janine Mossuz Lavau dégage 3 temps :

  • De 1945 à 1974 : La Période d’apprentissage. Les femmes s’abstiennent. Leur vote est plutôt conservateur (ce montre que la crainte des Radicaux était justifiée).
  • De 1974 à 1981 : Période de décollage. La réduction des écartes de l’abstention entre hommes et femmes, mais aussi dans leur vote. Mitterrand est par exemple élu avec 53% de vote masculin.
  • Après 1981 : Période d’autonomie. Vote plutôt à gauche. Certains thèmes (écologie, lutte contre les inégalités …) allant dans leur sens captent leur voix. Une tendance aussi à délaisser les extrêmes. A revoir depuis une dizaine d’année concernant le Front National.

Dans ce contexte, Simone de Beauvoir publie le Deuxième Sexe en 1949. Son ouvrage aura un retentissement important plus tard. En attendant les mouvements féministes abattus par Vichy se reconstruisent. De plus l’octroi du droit de vote contente le mouvement dans un premier temps.

En mai 1968 le mouvement est relancé. De nombreuses femmes réclament en effet la parité salariale. Ces grèves forment politiquement de nombreuses féministes.

              Manifestation du M.L.F en 1970

En 1970 une première manifestation du MLF (Mouvement de libération des Femmes) a lieu. Ce groupe réécrit l’histoire. Cela permet de relancer le combat et le mouvement féministe. Elles rapellent que le « privé » est une affaire « d’Etat ». En décembre 1974 la loi sur la contraception est adoptée ainsi qu’en 1975 la loi sur l’IVG. Ces deux projets sont portés par Valéry Giscard d’Estaing, président de la République, et Simone Veil, ministre de la Santé.

Mitterrand cré un « Ministère de la femme » et donc, un « féminisme d’Etat » dirigé par Yvette Roudy. Mais c’est un rendez-vous manqué. Ce ministère crée le 8 mars 1982 une journée de la femme pour sensibiliser les Français (et Françaises) aux problèmes d’inégalités. Un projet de parité est lancé qui aboutit en 2000 en politique.

Cette dernière, la loi sur la parité, divise les féministe qui y voit une atteinte à l’universalisme et pourrait engendre un « communautarisme ». Ainsi pour Geneviève Fraise cette loi n’est que la traduction d’une inégalité toujours structurante.

 

Pour terminer deux petites infographies avec leur sources. Un bilan social et un bilan politique. Je reviendrai sur l’aspect social et culturel dans un autre billet.

 

La représentation des femmes en politique
Année Part de femmes
en %
Députées 2017 39
Sénatrices 2014 25
Maires 2014 16
Conseillères municipales 2014 40
Présidentes de conseil départemental 2015 8
Conseillères départementales 2015 50
Présidentes de conseil régional 2015 19
Conseillères régionales 2015 48
Députées françaises au Parlement européen 2014 42
Source : Insee, Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, ministère de l’Intérieur, Sénat – © Observatoire des inégalités