La Péninsule arabique : entre Islam et Division

 

Pour tout connaitre sur les relations entre l’Islam et les Etats qui se sont constitués autour de cette religion, c’est par ici.

Aux origines

Le Prophète Mahomet : Un homme complexe

En 570 né Mahomet dans la famille des Banû Hâshim. Cette famille du clan Quraysh réside à La Mecque. Pourquoi je donne dès le début un curriculum vitae aussi long ? C’est car cette simple présentation montre que la péninsule arabique du VIe siècle est une mosaïque de peuples qui se divise en clans, famille, tribus et dont la religion peut varier du judaïsme au christianisme.Sa famille est quant à elle polythéiste comme la majeure partie des Arabes.

En 610 à l’âge de 40 ans, Mahomet reçoit une révélation. Jusqu’en 619 sa pensée religieuse évolue. Un message religieux prônant le monothéisme, l’aide aux plus pauvres et aux plus fragiles se structure. Mais Mahomet doit aussi composer avec les clans. Une nouvelle religion s’élabore : l’Islam.

 

Mahomet dans un manuscrit Persan

Les données du Coran et de la Sunna sont parcellaires. Il est donc difficile de savoir qu’elles étaient les objectifs du Prophète. Il semble néanmoins que toute sa vie Mahomet a dû composer entre son message religieux et son application qui rentre en contradiction avec le jeu politique qui régit la péninsule arabique de l’époque.

On peut d’ailleurs tirer un premier constat. Lorsque Mahomet n’est qu’un prédicateur, son message très proche du message évangélique ne s’impose pas à La Mecque. Il se trouve ainsi obligé de fuir vers Médine (Yathrib à l’époque) en 622. Les Médinois lui demande en effet de trancher un litige et d’assumer ainsi un rôle politique. Mahomet cumule alors un rôle religieux et politique. Ce changement de stratégie est primordial car il change la nature profonde de l’Islam qui de la simple doctrine religieuse devient un élément politique. Ce double aspect en fait dans la péninsule un élément de diffusion redoutable.

 

 

Très vite le Prophète doit trancher les litiges qui opposent les différentes tribus et communautés entre elles. L’Umma désigne ainsi  la communauté des croyants englobant les chrétiens et les juifs vivant sous l’autorité du Prophète. Toujours dans une idée de recherche de la conciliation, l’épisode des « Versets Sataniques » raconte comment Mahomet a tenu des discours dans lesquels il ne reconnait pas, mais loue des divinités polythéistes.

Le Prophète n’hésite pourtant pas à utiliser la violence et la guerre lorsque la situation l’exige comme en 630 lorsqu’il se met en marche avec 10 000 hommes et oblige les Quraysh, son ancien clan. à se soumettre à l’Islam ou à mourir. Après cette victoire il rentre dans le cube de la Kabale et abat les idoles dans une rage qui n’est pas sans rappeler Jésus chassant les marchands du Temple. L’argument est d’ailleurs le même : nettoyer la profanation.

En 632, affaiblit, Mahomet meurt après son « pèlerinage de l’Adieu » à La Mecque. Mais l’histoire est toujours en marche. Les forces qu’il a délivré en forgeant les bases de cette nouvelle religion sont encore en marche malgré son décès.

L’après Mahomet : Les 4 « califes bien guidés »

Quand Mahomet meurt la question de la succession se pose. Qui ? Qui peut reprendre le flambeau religieux et politique de l’homme qui a forgé, incarné et porté la Révélation autant que l’Etat qu’il a consstruit. Cette période est essentielle car elle dessine les courants de l’Islam qui existent encore aujourd’hui.

 

1°) Le 1er calife : Et bien c’est Abu Bakr, le cousin de Mahomet qui  lui succède. Avec Kadidja, la 1ère femme décédé de Mahomet il est le premier à s’être converti à l’Islam. Il a toujours suivi son cousin et son prophète. Son nom s’impose naturellement. Mais son règne ne dure que 2 années.

 

2°) Le 2e calife : En 634 se repose donc la question de la succession. Cette fois c’est Omar qui est nommé par l’ensemble des érudits de la Umma, la communauté.  Omar appartient au même clan que Mahomet et Abu Bakr mais n’a pas de liens de famille avec eux. Lui aussi est un des compagnons de la première heure de Mahomet et l’a souvent conseillé dans ses décisions politiques. Sous son califat l’extension de l’Umma continue. La bataille de Yarmouk en 636 lui ouvre les portes du Proche-Orient.

Il meurt en 644.

 

3°) Le 3e calife : En 644 c’est Uthman qui succède à Omar. Lui aussi fut un proche de Mahomet. Il est le premier Mecquois à s’être converti à l’Islam et appartient au clan des Ommeyyades. Son règne dure 12 ans. Il s’éteint en 655 assassiné.

 

4°) Le 4e calife et le début des ennuis : Le dernier des 4 « Califes bien guidé » qui reprend la direction de l’Umma et Ali. Fils de l’oncle de Mahomet, et marie de la Fatima, la fille du Prophète, Ali relève l’exploit d’être à la fois le cousin, le protégé, et le gendre de Mahomet. Un beau CV pour prétendre à la succession. Tout pourrait donc sembler aller pour le mieux. Seulement le clan des Omeyyades accusent Ali d’avoir assassiné Uthman pour prendre le pouvoir.

 

L’Islam commence à se fissurer. D’un côté les Chiites qui soutiennent Ali. Ils considèrent dans cette querelle que le chef de l’Islam doit être avant tout un chef religieux (imam) et non politique (calife). C’est donc le descendant de Mahomet qui doit être favorisé.

 

De l’autre côté les partisans de Mu’awiya, les Sunnites, prône la défense de la Sunna. La sunna c’est la tradition. Cette tradition qui veut depuis Abu Bakr que le dirigeant de l’Umma soit choisi par l’élite de cette dernière. Et on l’a vu, c’était des critères politiques (proximité avec l’ancien chef, faculté politique ….) qui primait.

 

Après la bataille de Siffin en 657 opposant Ali et Mu’awiya, ce dernier se saisit finalement d’une communauté d’arbitrage qui lui donne raison. Ali accepte la décision et se retire du pouvoir. Certains Chiites n’acceptent pas la décision d’Ali. Ses propres partisans décident de lui faire la guerre ! Ce sont les « sortant », les Kharidjites.

Une religion qui se divise L’époque des califats  Quoiqu’il en soit c’est Mu’awiya qui après ce schisme dans l’Islam remporte la bataille politique. Il détruit la règle qui lui a permis d’obtenir le pouvoir et créer la première dynastie de calife de l’histoire de l’Islam ; les Omeyyades. Ce califat fut aussi le plus grand. .Petit à petit le grand califat se détériora. Donnant vie à d’autre royaume plus petit dont le trait d’union reste l’unité religieuse et des similitudes politiques.Ces empires s’opposent entre eux ainsi qu’aux autres grandes puissances méditerranéennes : les royaumes francs lords des croisades ou de la Reconquista, l’empire Byzantin ou les Monghols venus de l’est. C’est une histoire politique qui se dessine.Un point sur le Coran

Le Coran :

Le plus vieux Coran connu, le Coran du Yemen (vers 700)

Le Coran est un texte qui fut écrit par plusieurs personnes jusqu’au VIIIe siècle. Il ne s’agit donc pas d’un témoignage de première main de la vie du Prophète. La rédaction de l’oeuvre actuelle date donc de la dynastie ommeyyade.

La Sunna :

Pour combler les vides ou les incohérences de cette version une tradition, une Sunna, se diffuse.

 

1°) Les Hâdits : D’un côté on trouve les hâdiths. Des légendes rapportés par des individus allant du probable au totalement loufoque. Pour mettre un peu d’ordre dans tout ça, la dynastie des Abbassides qui succèdes au VIIIe siècle aux Omeyyades décide de faire un tri et de les mettre par écrits. Les Chiites de l’époque auraient d’ailleurs pris un malin plaisir à diffuser des hâdiths qui discréditaient les dynasties en place au profit de l' »imam caché » dont ils attendaient le retour depuis l’éviction et la mort d’Ali.

 

2°) Les Sîra : Au IXe siècle le califat irakien commande des biographies du Prophète. Ce sont les Sîra.

La Charia :

Enfin il existe un ensemble de textes législatifs qui s’appuient sur ces différents textes. L’application des doctrines religieuses, du droit naturel, comme loi d’un Etat, le droit positif, se nomme la Charia. Les courants autant Chiites que Sunnites se questionnent sur l’importance à apporter aux règles religieuses dans le cadre d’un Etat.

 

L’utilisation de ces sources dans les différents discours religieux posent donc évidement problème. Leur éloignement temporel et la quasi absence des auteurs les rendent suspectes. Rappelons ce qu’en disait Ibn Khaldûn, grand philosophe musulman mort en 1406 : « C’est un fait de contestation étrange que la majorité des rapporteurs de science dans l’Islam ait été constituée de non-Arabes. » Ainsi, 9 des 12 rédacteurs de la Sunna étaient même de nouveaux convertis d’ancienne religion juive et chrétienne.

Divisions religieusesEt voila … entre les divisions politiques, les sources écrites variées et parfois douteuses, on se retrouve avec tous les éléments pour donner plein plein de courants différents. Et c’est ce qu’il s’est passé ! Voilà un beau tableau venu direct de Wikipedia (il est bien donc j’ai pas honte) pour comprendre un petit peu comment ils se répartissent :

 

A travers ce tableau, détaillant les différents courants qui parcourent l’Islam. Commençant par les plus anciens mais qui sont aussi ceux dont on entend parler le plus et qui seront important pour la suite de notre exposé.

 

L’Hanafisme : Courant majoritaire du sunnisme fondé par l’irakien Abû Hanîfa Al-Nu’man Ibn Thabit (699-767). Oui aujourd’hui ça nécessiterait une très grosse carte d’identité. C’est lui qui imposa le suivit des Hâdith et de la Sira. Ce courant s’est imposé dans l’Empire Ottoman.

 

Le Salafisme : Mouvement sunnites, le salafisme désire un retour à l’Islam des origines. Le salafisme djihadiste considère que plus que la prédication orale, c’est la prédication armée qui doit s’imposer. Ce courant prône dont l’utilisation du Djihad (« combat ») pour imposer l’Islam. Des mouvements politiques comme les Frères Musulmans ou Al Quaida se réclament du salafisme djihadiste.

 

Le Soufisme : Courant qui peut s’adapter autant au chiisme qu’au sunnisme. Il s’agit d’une forme spirituelle et ésotérique de l’Islam. Le soufisme a pour but de trouver la voie vers Dieu par un travail et spirituel. Ainsi par exemple, le Djihad qui signifie « combat » pour les soufi ne serait pas l’utilisation de la violence pour trouver la voie vers Dieu mais au contraire le combat contre soi-même pour s’élever.

On l’aura donc compris, l’Islam est une mosaïque de courants. Les considérations politiques ou religieuses ont créé un nombre important de courants différents. La sécularisme de ces croyances font qu’elles dépassent aujourd’hui le cadre de la simple « croyance ». Ce sont désormais des éléments identitaires. On se sent plus Chiites qu’on ne pense l’être. Les oppositions et les conflits entre Musulmans et Occidentaux au travers des âges ont nourri un sentiment identitaire qui n’est pas sans rappeler celui qui a engendré les identités nationales en Europe.

L’Empire Ottoman né en 1299 en Turquie Successeur du califat Abbassides il parvînt à renverser l’empire byzantin en 1453 sous l’égide de Mehmet II. Soliman le Magnifique reste au XVI siècle une grande figure de cet empire et de l’Empire alors à son apogée. Du XVIIIe au XIX siècle il a bien du mal à suivre la monté en puissance des ses voisins et rivaux politiques. Dès 1853 Nicolas Ier , tsar de Russie, qualifie l’empire ottoman « d’homme malade de l’occident ». Toutes les puissances attendent avec envie sa chute comme il la redoute. Telle une boite de Pandore que sortira-t-il de la fin du plus vieil Etat du bassin Méditerranéen ?

Mehmet II

L’empire ottoman apporte son soutien en 1914 aux puissances centrales. Souvent oublié son action dans la première guerre mondial eut pourtant des conséquences dramatiques pour l’histoire contemporaine.

C’est en 1913 que l’empire chute avec l’arrivée au pouvoir des Jeunes-Turcs. Le Cherif de la Mecque, Hussein Ben Ali, lance une grande révolte arabe en 1916. Descendant de Mahomet, il souhait créer un Etat sur tout la péninsule Arabe. Il prône donc un mouvement panarabique. Il est alors soutenu par les Français mais surtout par les Britanniques avec le célèbres Lawrence d’Arabie. Il parvient à fondé le royaume du Hedjaz, mais les Occidentaux ne lui apporte pas tout le soutien espéré. Si on est loin du grand Etat qu’Hussein avait caressé, l’idée d’un Etat panarabique fera long feu.

 

Sous la pression de ses ennemis étrangers et intérieurs « l’homme malade de l’occident » qui était parvenu à se maintenir depuis 1853 finit par agoniser en 1918.

 

Et cette terrible question. Qu’est ce qui peut succéder à un califat musulman en Orient ?

Les accords Sykes-Piccot de 1916, le tournant manqué  ?

Nous voila au pivot du problème qu’incarnait et qu’incarne le Proche et le Moyen-Orient. En effet dès 1916 des tractations ont lieu entre pays occidentaux pour statuer sur l’avenir de la région.L’Anglais Sykes et le français Piccot se mettent  ainsi d’accord sur un partage de la région.

Ces accords ne seront jamais appliqué. La SDN confia des territoires mandatés par aux deux puissances. L’importance des accords Sykes-Piccot c’est qu’il délimitèrent les nouveaux Etats qui se sont constitué dans la région. Etats qui ne tiennent pas compte des relations tribales, des communautés religieuse et ne concrétise pas les promesse d’unité fait au chérif Hussein.

Au Monopoly, on achète des rues ;  après la 1ere Guerre Mondiale, on s’octroie des pays. Quels sont la teneur de ces accords ? Les pays occidentaux vainqueurs s’arrogent de vaste territoires qu’ils vont administrer. C’est ce qu’on nomme des mandats. Ces accords sont un coup dur à bien des égards. D’abord les Arabes, le Cherif Hussein en tête, sont lésés. Les promesses faites durant la 1ere Guerre Mondiale ne sont pas respectée. Le président états-unien Woodrow Wilson propose rappelle le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Rien y fait. Les Arabes seront administrés par les Européens. La Société des Nations elle-même ratifie les accords.

La Péninsule arabique on l’a vu a connu des courts moments d’unités : sous le califat de Omeyyades et l’empire ottoman. 1918 est une occasion ratée. Les frontières des pays actuels sont des héritages des accords de Sykes-Piccot. Ces accords tentent d’organiser ces territoires autour d’Etats-nations. Mais comme expliqué précédemment, l’idée d’Umma et la variété des courants semble peu compatible avec cet idéal. On peut même aujourd’hui se questionner sur leur caractère belligène dans la région.

Décolonisation ?

Après la deuxième guerre mondiale, cet orient cherche à s’émanciper de la tutelle occidentale. Les Etats arabiques qui se constituent peu à peu ne sont pas sans rappeler les territoires né des accords Sykes-Piccot. Seul véritable originalité : l’Etat d’Israël. Trop complexe pour être abordé ici (mais vrai problème) nous y reviendrons un autre jour. Cette carte, hormis le challenge de bien se mettre à jour niveau géographie, ne pose pas de réel soucis. Pendant toute la fin du XXe siècle on s’est représenté le Moyen-Orient uniquement sous ce partage étatique.

Erreur ! Car comme tout ce qui précède le montre la donnée nationale et territoriale n’est pas le ferment identitaire comme c’est le cas en Europe. Il faut rappeler que les courants cités avant qui ont du mal à s’entendre vivent dans des Etats qui sont dirigés par un courant et une ethnie qu’ils considèrent comme rivale. Cette état de fait peut-être même vécu comme une injustice lorsque les dirigeants sont minoritaires. Un petit tableau peut dresser un bilan de la situation actuelle à ce niveau :

Si majoritairement les courant dirigeant sont les courants majoritaires on distingue néanmoins des contre-exemples : la Syrie, le Bahreïn, et l’Irak dans une moindre mesure. Ce métissage en Syrie et en Irak interpelle pour deux raisons. La 1ere c’est lorsqu’on sait que l’administration Bush a joué sur ses dissidences lors de l’opération « Liberté Irak » en 2003. En effet, les Chiites étant majoritaires dans le pays, les Etats-uniens ont promis une démocratisation du pays (forcément favorable pour eux) pour obtenir un soutien dans leur opération militaire et de reconstruction. Seulement l’ennemi, Sadam Hussein, était plus un laïc (le parti baas) qu’un sunnite. Leur action remit donc en cause le modèle même d’Etat que voulurent instaurer les Occidentaux, l’Etat-Nation. Ensuite, Syrie comme Irak, sont les deux territoires ou l’Etat Islamique (surnomme Daesh) étend aujourd’hui son emprise. D’inspiration salafiste, et donc sunnite, sa contestation aux régimes chiites (pourtant minoritaires) et au pouvoir prend alors tout son sens.